Aujourd’hui c’est Nicolas Emond de la Société Française d’Equithérapie (SFE) que nous accueillons en tant que rédacteur invité… Il aborde un sujet d’actualité qui préoccupe chaque acteur impliqué en médiation animale. A l’heure où les formations fleurissent et où le décret sur le titre de psychothérapeute est « tombé », Nicolas propose de faire un état des lieux sur la spécialisation en médiation animale.
Bonne lecture et à vos claviers pour les commentaires! Sandie
A l’heure où les formations s’intéressant à la médiation animale fleurissent dans le domaine de l’aide aux personnes, à l’heure où certains communiquent plus ou moins clairement sur la validation de leurs formations, plus que jamais il nous paraît important d’adopter une démarche claire et pragmatique sur la situation de l’équithérapie et plus généralement de la médiation animale en France – et dans le monde.
Diplômes privés, diplômes fédéraux, diplômes universitaires, diplômes d’université, certificats de pratique, attestations universitaires, brevets fédéraux, certificats d’initiation, attestations de formation… Il y a de quoi perdre son latin pour le public non-averti ou non spécialiste du champ de la formation.
Quelle différence y a-t-il entre les formations, les formations sont-elles reconnues, les diplômes sont-ils officiels ? Ces questions sont fréquentes et légitimes, toutefois nous constatons aussi chaque jour que la communication de bien des confrères pourtant spécialistes du domaine de la formation informe moins qu’elle ne déroute le public porteur d’un projet professionnel.
| Un point de départ commun : la législation. |
En France comme à l’étranger, l’équithérapie (ainsi que les autres pratiques s’intéressant à la médiation animale, quelle que soit l’appellation choisie) n’est pas réglementée. La Loi n’impose aucun prérequis pour pouvoir se prétendre équithérapeute, n’empêche personne d’exercer l’équithérapie, et ne règlemente pas spécifiquement la façon dont les équithérapeutes travaillent. Ainsi, on trouve toutes sortes de profils parmi les personnes se prétendant équithérapeutes, et aussi bien des professionnels compétents que des personnes sans aucune qualification. De même, nombreux sont ceux annonçant pratiquer des TAA (thérapies assistées par l’animal) tout en précisant qu’ils ne sont pas thérapeutes. Aussi, rappelons encore une fois que si la législation n’interdit à personne de se dire équithérapeute, la publicité mensongère ou trompeuse, la pratique illégale de la médecine, ou encore l’abus de faiblesse sont punissables devant la justice, tout comme le fait d’exercer une activité de soin sans qualification spécifique est déontologiquement inconcevable.
La Loi ne définissant pas ce qu’est qu’est l’équithérapie, pas plus qu’elle ne protège l’usage du titre d’équithérapeute, elle ne définit pas non plus de parcours de formation nécessaire pour pouvoir l’exercer. Il est donc impossible pour quiconque de prétendre délivrer ou avoir reçu une formation officielle en équithérapie, médiation animale, thérapie avec le cheval, rééducation par l’équitation, ou autre. Le champ de la formation aux TAA est ainsi exclusivement couvert par des formations continues, c’est-à-dire des formations pouvant se dérouler tout au long de la vie après avoir réalisé un parcours de formation initial. Dans ce champ, on trouve toutes les formations permettant d’évoluer professionnellement, de parfaire ses connaissances, de changer de domaine, de se recycler…
Les « écoles » de formation aux TAA sont donc des organismes de formation continue. C’est aussi bien le cas pour les organismes privés (sociétés, libéraux ou associations) que pour les universités (publiques ou privées, qui disposent d’un service de formation continue fonctionnant sur le même modèle que les organismes privés). C’est la raison pour laquelle, notamment, il n’est généralement pas possible de se former à l’équithérapie directement après le bac, l’accès aux formations continues étant habituellement soumise à un niveau initial minimum, ou à une expérience professionnelle minimum.
Chaque organisme de formation continue, pourvu qu’il respecte la réglementation au sujet de la formation professionnelle continue, est ainsi libre de définir le contenu, la durée, le coût, ou encore l’organisation de la formation qu’il propose, selon sa politique, ses compétences et ses moyens. Il en va de même au sujet de l’intitulé qu’il donne à sa formation et aux papiers qu’il remet à ses étudiants (stagiaires) à la fin de leur formation, que des modalités d’examen ou de validation soient prévues ou pas. Le minimum prévu par la législation sur la formation professionnelle continue étant que l’organisme délivre une attestation de présence, qui mentionne la durée pendant laquelle le stagiaire a suivi la formation. On trouve ainsi par exemple des « attestations de présence » qui justifient d’un temps passé en formation, des « attestations de fin de formation » qui justifient aussi du fait que le stagiaire a terminé sa formation, ou encore des « attestations universitaires » qui ont pour seule particularité d’être délivrées par un organisme de formation soutenu par une université.
L’appellation des autres documents délivrés par les organismes de formation continue est libre. Les organismes peuvent ainsi choisir de délivrer des diplômes, brevets, certificats ou autre appellation.Ces documents ont la valeur que leur accorde l’organisme qui les délivre, et ne peuvent être des documents officiels en l’absence de législation quant à leur délivrance.
Ce qui signifie que la « valeur officielle » de l’ensemble des diplômes, attestations, certificats, brevets… relatifs à l’équithérapie (ou autre pratique de TAA) est identique, à savoir nulle puisque la délivrance de ces documents n’engage pas l’Etat.Pour autant, les organismes de formation les plus sérieux cherchent à valoriser ces documents, par exemple en les remettant sous certaines conditions (réussite à un examen, remise de travaux écrits ou oraux, évaluation des connaissances…), en suivant l’insertion de leurs possesseurs ou en les assistant après leur formation, ou encore en demandant à un organisme indépendant officiel ou reconnu d’attester des qualifications acquises par le stagiaire.
En conclusion, le domaine des formations associant animal et relation d’aide est vaste et en expansion. La Société Française d’Equithérapie recommande à tous les porteurs de projet souhaitant se former de prendre le temps de s’intéresser aux différentes formations disponibles sur le marché avant d’engager leur choix, tout en rappelant que :
* le niveau de reconnaissance officiel de toutes les formations, universitaires ou non, est identique ;
* la notoriété des différentes formations est en revanche variable : il y a des formations sérieuses et des formations peu recommandables ;
* la réussite d’un projet professionnel dépend pour beaucoup de l’adéquation entre un profil, un projet et une formation.
Nicolas EMOND












La Médiation Animale ? Telle est la question pour un grand nombre de personnes …
Le but de cette pratique, en quelques mots, est la recherche des interactions positives issues de la mise en relation intentionnelle homme-animal. Elle est donc associée à une intentionnalité ...
























juin 30th, 2010 at 11:50
Bonjour,
Merci Sandie pour la publication de cet article, en souhaitant qu’il puisse éclairer un peu plus la situation.
Une petite précision toutefois, qui tombe à pic avec la publication du décret d’application au sujet du titre de psychothérapeute qui prend effet demain.
On ne peut pas dire à proprement parler que la médiation animale, l’équithérapie, la delphinothérapie, ou demain la psychothérapie ne sont pas des professions : il est tout à fait possible de les exercer à titre professionnel, en créant une structure la pratiquant, et en utilisant le titre d’intervenant en médiation animale, d’équithérapeute, de delphinothérapeute, ou de psychothérapeute. Ce sont bien des métiers car ils correspondent à des occupations impliquant des qualifications référentielles, qui permettent d’être rémunéré contre leur exercice. Mais pour les AAA et TAA, ce ne sont pas des métiers réglementés.
Le point commun entre toutes ces activités est qu’elles ne sont déontologiquement (pour les AAA et TAA) ou légalement (pour la psychothérapie) accessibles qu’à la condition d’une double formation : initiale PUIS spécialisation. Il faut donc d’abord être un professionnel, puis s’être spécialisé pour pouvoir prétendre les exercer correctement. Ce qui implique pour les professionnels souhaitant les exercer le choix entre les considérer comme leur métier (et s’installer en tant qu’équithérapeute, par exemple), ou les considérer comme une spécialité (et s’installer en tant que psychologue exerçant l’équithérapie, par exemple).
juin 30th, 2010 at 12:49
Merci, la problématique est similaire au Québec où l’inquiétude persiste: forte évolution, pléthore de formations.. quid d’un code de déontologie minimal pour se permettre d’intervenir et même à ça il suffirait d’un accident pour jeter le blâme sur ces approches. Ce qui entache le sérieux de la TAA et rend le travail des professionnels difficile: des Sisyphe des temps modernes (http://bit.ly/9KQNoP), toujours à recommencer à prouver à monter des dossiers…. si c’était réglémenté les programmes seraient encore mieux encadrés et les activités fleuriraient. Non?
Le constat est posé, c’est quoi l’étape suivante?
Sandraetlechien
juin 30th, 2010 at 19:27
en espérant qu’il ne faille pas autant de temps que pour le titre de psychothérapeute pour que cela soit réglementé…
juin 30th, 2010 at 19:58
Le titre de psychothérapeute est certes réglementé, il était temps et urgent… toutefois le décret est très contesté par les professionnels du soin… nous vous proposerons d’ailleurs très prochainement une interview d’un responsable d’un syndicat de psychologues!
juin 30th, 2010 at 23:38
Bonsoir,
Sandra, au Québec, aux Etats-Unis, en Europe, et je pense un peu partout dans le monde, les formations se développent, mais mis à part l’apparition de formations plutôt inquiétantes, cela a essentiellement des bons côtés, par exemple en obligeant les formations à devenir plus précises, et en permettant la mise sur le marché de professionnels mieux formés.
Concernant la démarche scientifique démontrant un bien-fondé rationnel des TAA, elle est certes difficile à accepter pour nous autres praticiens qui voyons de nos yeux tous les jours l’intérêt de nos actions, mais nous ne pourrons pas pour autant convaincre la communauté médico-sociale internationale sans y passer. Hélas, nous sommes peu nombreux, dispersés, et avec trop peu de moyens pour relever rapidement ce défi.
L’étape suivante, c’est pour moi de continuer à progresser, c’est-à-dire rassembler les connaissances, les développer, les valider scientifiquement et les transmettre… ce qui implique aussi d’accepter que certaines de nos idées ou méthodes actuelles sont à revoir, que nous sommes perfectibles, et que nous-mêmes devons toujours changer !
Marion, je ne suis pas pessimiste, mais si on ne parle que de la France, il faut bien reconnaître humblement que la situation de 200 à 300 thérapeutes utilisant le cheval, qui pour l’immense majorité disposent déjà d’un titre réglementé, ne constitue pas un enjeu de santé public au point de mobiliser le Parlement et d’aboutir à court (ou moyen) terme sur la protection du titre. Sans compter qu’on pourrait légitimement craindre qu’il nous arrive la même chose qu’aux psychothérapeutes, à savoir une technocratisation de notre titre au détriment de sa professionnalisation. je pense qu’on reviendra sur cette idée dans le billet de Sandie à venir !
D’autre part, il faut aussi reconnaître que nous autres thérapeutes en TAA n’avons rien de particulier à attendre d’une protection de notre titre, sinon à limiter la prolifération de l’ivraie (le grand public dispose déjà d’outils pour repérer les praticiens qualifiés). Nous attendons plutôt une valorisation et une reconnaissance en termes d’emploi et de diffusion (pouvoir faire connaître et reconnaître indiscutablement nos compétences, nous faire employer, et faire en sorte d’être plus nombreux pour pouvoir répondre aux attentes du public), ce que la seule protection de titre ne permet pas.
juillet 1st, 2010 at 9:26
je vais peut être me faire des ennemis mais je vois plus la médiation animale comme un outil pour les professionnels du domaine médico social
juillet 1st, 2010 at 22:18
Bonsoir Marion,
Je pense que vous généralisez le cadre des TAA (thérapies associant l’animal, parmi lesquelles équithérapie, hippothérapie, thérapie avec le cheval, delphinithérapie, asinothérapie, etc.) à l’ensembledes AAA (activités associant l’animal, parmi lesquelles les TAA, les fermes pédagogiques, les chiens-guides, les loisirs équestres adaptés, les chats visteurs, etc.).
Les TAA sont en effet des activités médico-sociales, mais les AAA (et donc la grande famille de la médiation animale) incluent aussi des actions éducatives, sportives, pédagogiques, de loisir, occupationnelles, d’insertion sociale,… en fait tout ce qu’on peut proposer en proposant le contact avec les animaux.
La médiation animale est large, et même très large, et concerne aussi bien des professionnels du soin, que des professionnels paramédicaux, éducatifs, sociaux, vétérinaires, enseignants, éthologues… et même aussi du monde agricole, ainsi que de « simples » personnes de bonne volonté qui s’investissent dans des projets associant des animaux dans le seul but d’apporter un peu de joie, de jolies rencontres à des personnes en difficulté, ou de partager leur passion avec le plus grand nombre.
juillet 2nd, 2010 at 15:02
Je pense qu’il faut avant tout être au clair avec sa pratique, savoir différencier relation d’aide et thérapie et se questionner sur sa posture professionnelle!
La médiation animale est en effet très large et concerne divers profils, pratiques et professions. C’est ce qui fait sa richesse (et je m’en réjouis) mais c’est aussi ce qui crée de la confusion et parfois des amalgames! Être thérapeute en médiation animale (mais également thérapeute en général) ne s’improvise pas et nécessite une formation longue et solide ainsi qu’un travail sur soi.
Mais nous constatons parfois qu’un programme de AAA à but non thérapeutique peut avoir des effets thérapeutiques sur les patients…