Dr Didier Vernay mai - 9 - 2009
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La Faculté de Médecine – Université d’Auvergne – Clermont-Ferrrand I propose dès la rentrée 2009/2010 un diplôme univesitaire intitulé « RELATION D’AIDE PAR LA MEDIATION ANIMALE » (RAMA). Le Dr Didier VERNAY se propose de vous le présenter sous forme de questions réponses.

Pourquoi ce DU ?

Pour répondre aux attentes émergeant du monde de la pratique et de la formation dans le champ des Activités Associant l’Animal (AAA) et de la médiation animale en France : contribuer à la définition et à la mise en place d’un cadre des bonnes pratiques[1].

En quoi le DU RAMA répond t-il à ces objectifs ?

L’enseignement repose sur plus 20 intervenants, d’origine et de culture diverses, tous expérimentés dans leur domaine d’intervention et sur un réseau de partenaires institutionnels ou associatifs[2] qui nous donnent une « assise » large.

Le DU n’est pas le fait d’une personne ressource unique ou d’un petit groupe, il s’inscrit historiquement dans un courant francophone peut être (trop ?) discret, mais réel et très impliqué dans la recherche d’un positionnement ouvert et éthique. Par ailleurs, les contraintes liées au fonctionnement universitaire (analyse du dossier, validation des commissions, gestion  budgétaire. .  ) aide aussi incontestablement à « ne pas sortir des clous » !

Est-il réaliste de regrouper dans une même formation des personnes issues du monde de l’animal et des personnes issues de la relation humaine ?

Cela présente des avantages et des inconvénients. Mais les différences de cultures et de savoir faire sont  – dans mon expérience de formateur – plus un atout qu’un inconvénient. Le groupe est riche de sa diversité. Chaque étudiant à un savoir qu’il transmet aux autres de façon implicite ou explicite si les organisateurs de la formation mettent en place les conditions de la reconnaissance du potentiel des personnes et de l’échange. Mais bien sur, cela ne s’improvise pas. C’est pour cette raison que le premier semestre est consacré, pour l’étudiant, à un travail personnalisé défini en concertation avec l’équipe pédagogique.

Monter une formation commune chien / cheval / autres animaux, n’est ce pas trop ambitieux ?

C’est un pari ambitieux et cela ne va pas sans questionnement. A nouveau, l’idée est que nous avons plus à gagner à partager nos points communs et échanger nos particularités, que de se doter d’un fonctionnement ciblé. Ce qui pose à ce niveau d’enseignement, peu de problème pour les aspects théoriques. En revanche pour le stage pratique l’équipe pédagogique devra soigneusement, au cas par cas, échanger et analyser avec le candidat, sur son cursus, son projet, ce qu’il est possible de valider ou non comme acquis de la pratique et envisager la ou les formations spécifiques complémentaires nécessaires dans le domaine canin ou équin pour prétendre au statut « d’intervenant en médiation animale ».

Qu’est ce qui vous différencie de la zoothérapie, de la thérapie assistée par l’animal ou autre action avec l’animal dans un objectif à visée thérapeutique ?

Pour organiser une rencontre de médiation animale, une solide formation culturellement double (celle de la relation humaine et celle de la relation avec l’animal) est nécessaire, mais pas suffisante. Encore faut-il que « l’esprit de l’AAA souffle ». Et cela à un rapport avec le positionnement existentiel, le travail personnel, l’éthique et la reconnaissance sociale (institutionnelle) de l’intervenant.

L’idée qui sous tend notre réflexion depuis plusieurs années[3] est simple : c’est la qualification (hors AAA) de l’intervenant et la qualité de l’intentionnalité du projet (donc les moyens mis en œuvre) pour le bénéficiaire qui qualifie la nature de son intervention.

Schématiquement, sur cette base il y a des AAA[4], qui peuvent se positionner sur :

– des programmes d’animation,
– de relation d’aide par la médiation
– et de thérapie avec l’animal.
Ce sont 3 approches différentes et complémentaires qu’il convient de ne pas hiérarchiser dans leur impact pour le bénéficiaire. Car le contenu de la relation bénéficiaire-animal ne nous appartient pas ! Nous ne pouvons que préméditer, organiser, encadrer et accompagner les modalités de la rencontre. Dans cette optique pour revendiquer un programme thérapeutique : il faut être thérapeute. Dans le civil pourrait-on dire ! Ce n’est pas exclure les autres intervenant des actions d’AAA, bien au contraire. C’est leur permettre de pratiquer de façon officielle, reconnue et intégrable par la collectivité dans son fonctionnement actuel. Donc de pouvoir apporter au sein des programmes thérapeutique, y compris les plus ambitieux[5], des compétences associées qui valorisent l’action thérapeutique ou débloquent la situation pour beaucoup de personnes en situation de grande souffrance.

Pour rendre le propos totalement explicite : une formation en AAA quelque soit va valeur ne délivre pas de diplôme de thérapeute à des personnes qui ne le sont pas au départ.  Mais elle leur permet de s’impliquer comme partenaire associé dans des programmes supervisés par des thérapeutes .

Les étudiants inscrits en candidat libre peuvent-ils bénéficier d’une aide matérielle ?

C’est un DU sur la relation d’aide. Des démarches sont en cours pour trouver des pistes économiques pour l’hébergement, la restauration, les déplacements, et tous ce qui pourra favoriser l’accueil des étudiants. L’idée d’aide financière pour certains est également recherchée, bourses, prix . . . Pour la première année, et dans le contexte économique actuel, il faut croiser les doigts . . . . . D’une façon générale « le temps du DU » sera positionné comme une opportunité de vivre une démarche solidaire à tout instant et à tout sujet, et de tester nos aptitudes respectives à faire éclore les « propriétés émergentes du système », . . . . Mais j’arrête la, c’est une thématique du module I qui commence !

Dr Didier VERNAY


[1] Le GERMA (Groupe d’Étude et de Recherche sur la médiation Animale) travaille sur ce sujet avec le soutien de la Fondation A. et P. Sommer.

[2] CHU de Clermont-Ferrand, Association des paralysés de France APF-63, Fédération Internationale des Thérapies et Relation d’Aide par la Médiation (FITRAM), Groupe d’Étude et de Recherche sur la Médiation Animale (GERMA), Association pour la Recherche et le Développement de la Rééducation en Auvergne (ARDRA).

[3] Le chien partenaire de vie  – Ed Eres – 2003.

[4] Dans les domaines, de la pédagogie, de l’action sociale, des soins et/ou de la recherche

[5] Depuis 1993, nous avons conduit de multiples programmes au sein du CHU de Clermont, dans de nombreux services (gériatrie, psychiatrie, rééducation, neurologie. . ) et avec les intervenants les plus divers.

7 Responses to “Diplôme Universitaire – Relation d’Aide par la Médiation Animale”

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    Voisin
    mai 11th, 2009 at 22:21

    Je viens de découvrir le Diplôme Universitaire – Relation d’Aide par la Médiation Animale et je suis heureuse et rassurée de constater que l’enseignement concerne des candidats issus de filières de formation initiale différentes ; celui de la relation humaine et celui de la relation animale. Il y a quelques mois encore, la lecture de certains sites de formation, uniquement réservés à des candidats issus de la relation humaine ne me rendait pas très optimiste quand à l’ouverture de nouvelles formations et/ou diplôme accessibles aussi aux candidats issus de la relation animale (ce dont je fais partie).

    Mis à part cette remarque, j’ai aussi de nombreuses questions à formuler en rapport avec ce nouveau diplôme.
    Depuis quelques semaines, en France, de nouvelles formations (Operrha, l’Ecole francophone de zoothérapie) et le nouveau diplôme universitaire « Relation d’aide par la médiation animale » ont vu le jour dans le secteur de la médiation animale. Ne craignez-vous pas avec l’arrivée de ces différentes propositions (en plus des organismes existant déjà) une offre trop importante par rapport à la demande en ce qui concerne le secteur de la médiation animale? Ensuite, je me demandais si avant de créer ce diplôme, vous aviez envisagé de rejoindre des organismes déjà existants?

    Mes interrogations suivantes concernent votre réflexion sur les formations spécifiques complémentaires. Vous développez une formation ambitieuse commune au chien/cheval/autres animaux ? Pourquoi avez-vous fait le choix de ne pas inclure les formations spécifiques complémentaires des domaines canins ou équins (ou autres) directement dans la cadre de la formation, en incluant par exemple des formateurs éducateurs canins et équins comme intervenants dans la formation?… Qu’est-ce qui a motivé votre choix ? N’est-ce pas réducteur pour un intervenant qui souhaite devenir polyvalent (travail avec différentes espèces) ? Ne pensez-vous pas que la facette financière (besoin pour le candidat de financer d’autres formations pratiques, par exemple d’éducations canines) ne constitue un frein au choix de passer le diplôme que vous proposez ?

    Véronique Voisin

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    Romain
    mai 12th, 2009 at 16:53

    Bonjour,

    A la lecture du blog consacré au DU, vous semblez dire qu’un intervenant du monde animal ( moniteur d’équitation par exemple) qui aurait suivi ce DU pourrait aider à la mise en place d’ateliers thérapeutique qui seront menés par un thérapeute ( psy ou autres par exemple ) non formé à ce type de médiation.

    J’ai donc deux questions :

    – Pensez vous sérieusement qu’un thérapeute non formé est capable de percevoir toutes les implications qui peut naître de l’interaction ??? Je m’inquiète du positionnement du thérapeute !!!

    – A quoi servent alors des formations comme la FENTAC, LA FEETAC ou la SFE ???

    – A quoi servent toutes les associations qui travaillent avec des soignants ayant suivi ces formations ??? Elles auraient dû plus simplement former un moniteur et ne pas s’engager dans ces formations, non ???

    Conclusion : à quoi cela sert il de former des thérapeutes à cette médiation ???

    Merci par avance de votre réponse.

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    Nicolas E
    mai 12th, 2009 at 20:11

    Bonsoir,

    je découvre avec un certain plaisir que les facs de médecine sont décidément les plus avancées en matière de médiation animale, et aussi avec une certaine fierté (étant Clermontois !) que l’Auvergne commence enfin à bouger sur ce sujet.

    Plusieurs réflexions s’offrent à moi.

    La première est un certain contentement eu égard au contenant, car en effet, il y avait grand besoin que des universités s’engagent directement par le biais d’un DU spécifique sur le sujet de l’aide médiatisée par l’animal. Pour l’heure, il n’existait que l’AU de Paris 13, et il est vrai que la création d’un diplôme universitaire avec examen des connaissances, même si cela reste un diplôme privé venant du pôle formation continue de Clermont 1, est une vraie avancée que je salue.

    Ensuite vient l’examen du contenu. 1 semestre consacré au travail personnel sous la supervision d’une association externe à l’Université (la Fitram ou le Germa). 1 semestre consacré aux enseignements (70 heures d’enseignements et 20 heures pour la validation des connaissances, soit 2 semaines et demi). 70 heures de stage avec possibilité de VAE (et donc de dispense je suppose).
    Et 23 intervenants, soit une « moyenne » d’environ 3 heures d’enseignement par intervenant, ramené aux 70 heures qui concernent la transmission de connaissances.
    Avec comme objectif annoncé de former des personnes à la pratique des AAA (équine, canine, ou en ferme pédagogique, sur option) et à conduire un programme d’AAA.
    Réaliser ces objectifs en 90 heures d’enseignement et 2 semaines de stage, on ne peut qu’être d’accord : c’est effectivement ambitieux, voire c’est une véritable gageure, quand le public visé va du médecin psychiatre avec 25 ans d’expérience en thérapie par le chien au jeune diplômé du BAPAAT poney ayant envie de travailler avec des personnes handicapées.

    Quels questionnements peut-on avoir face à cette formation ?

    – Tout d’abord, une crainte de nivellement par le bas quant aux futurs professionnel en AAA voire en TAA. Pourquoi des personnes désireuses de reconnaissance ayant un projet en AAA ou TAA iraient-ils faire une formation longue comme celles d’Handicheval, de la Fentac, de la Feetac, de la fac de Bobigny ou de la SFE quand ils peuvent, en 6 fois moins de temps et pour 15% de leur coût, obtenir un DU ? N’est-ce pas une incitation à moins se former, voire n’est-ce pas la récupération et la labelisation des « sous-motivés » voire des « sous-qualifiés » pour les formations sus-citées ?

    – On parle d’éthique et de déontologie, mais quelles garanties une formation aussi courte peut-elle avancer quant à la pratique future de ses étudiants ? Qu’est-ce qui empêchera le premier éleveur de chien diplômé en RAMA de se prétendre, par la suite, thérapeute, renforcé dans cette idée par un diplôme le qualifiant de professionnel de la relation d’aide ? Quid de ses pratiques futures sur la base de 10 jours de stage et d’une éventuelle recommandation de formation complémentaire de la part des organisateurs ? La simple distinction entre AAA et TAA dans une intervention théorique et une supervision individuelle de son projet est-elle suffisante et satisfaisante ?

    – Comment comprendre la composition de la commission pédagogique. Notamment le choix de la Fitram dont certains membres fondateurs refusent au sein de leurs propres formations en AAA les publics visés par le DU, et qui vont devenir leurs conseillers pédagogiques avec le pouvoir de leur recommander d’autres formations complémentaires ? Et du Germa alors qu’il devait s’agir d’un groupe de travail peu formel et voué à disparaître sans s’institutionnaliser ?

    – Dans notre univers professionnel dominé par de prétendus thérapeutes, parfois sans aucune formation et à la limite de l’escroquerie, la création d’un DU en « relation d’aide médiatisée par l’animal » ne renforce-t-elle pas, au lieu de le démystifier, le flou ambiant quant aux définitions des pratiques et spécificités de la « relation d’aide » (thérapie, soin, activité, intervention, prise en charge, sport, loisir, occupationnel, psychique, médical, social, corporel…), au risque d’empêcher que les détenteurs de ce DU ne puissent se repérer eux-même et se spécifier autrement que par un choix d’option relatif au type d’animal ? Quelle identité, quel titre, quelle reconnaissance pour les diplômés ?

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    Florence
    mai 16th, 2009 at 21:56

    Je découvre avec plaisir la mise en place de ce nouveau DU… ouvert aux candidats issus de filières initiales différentes (ça c’est une avançé dans la reflexion…!).
    A ceux, qui s’interroge quant à l’utilité d’une nouvelle formation en France sur la relation d’aide par l’animal, je crois pour ma part, qu’il est utile de proposer ces formations, de différents cycles et de durées variables afin que chacun y trouve son compte et puisse surtout parvenir à professionnaliser sa pratique.
    Et quand, je pense qu’il y a, à peine 5 ans en arrière, on ne trouvait qu’avec beaucoup de difficultés des renseignements sur la toile, concernant les bienfaits de l’animal sur l’homme, nous ne pouvons que nous réjouir !
    Merci à tous ces animaux qui nous font tant de bien…et nous aide à devenir plus humain.

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    nuyts sabine
    juillet 11th, 2015 at 13:24

    Bonjour !
    Comment fait on pour s inscrire à ce DU?
    Merci

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    lacordaire
    juin 2nd, 2017 at 11:45

    pourrais je avoir les coordonnées et données pour les futures dates de formations de ce DU SVP

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    Sandie Bélair
    juin 7th, 2017 at 10:07

    Bonjour,
    Contactez directement les responsables du DU. Merci.

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