Sandie Bélair février - 14 - 2014
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Il y a deux semaines, l’information tombait sur les réseaux sociaux. Très vite, elle était relayée par les acteurs de la médiation animale. Dans l’ensemble, l’enthousiasme était bien là mais cette nouvelle, par les commentaires suscités, a de nouveau mis à jour la difficulté à différencier trois terminologies et donc trois pratiques : équicie, thérapie avec le cheval et équithérapie. De notre côté, nous avons aussi partagé l’enthousiasme et l’information avec le sentiment qu’un grand pas était franchi… car la reconnaissance du métier d’équicien est une véritable étape sur le chemin de la professionnalisation et de la structuration de notre pratique. Nous avons voulu en savoir plus sur le positionnement d’Handi Cheval et avons longuement échangé avec Isabelle Claude. Ainsi avec ce billet, je vais tenter de vous faire part de ses propos (en italique dans le texte) suite à mes interrogations mais également de vous éclairer sur ce qu’une certification permet et ne permet pas.

Dès 2002, Isabelle Claude, présidente de la Fédération Nationale Handi Cheval depuis 2007 et directrice d’Equit’Aide, évoque la professionnalisation de la médiation équine. Ses propos et son idée ne font pas l’unanimité parmi les acteurs de cette pratique, même au sein de sa fédération. Toutefois, son « militantisme », son travail et ses arguments ont réussi à changer la donne, puisqu’aujourd’hui, le métier d’équicien a été reconnu officiellement par la CNCP (Commission Nationale de la Certification Professionnelle) par arrêté du 20 janvier 2014 portant enregistrement au Répertoire National des Certifications Professionnelles paru au Journal Officiel du 30 janvier 2014. Cette commission se fait sous l’égide du Ministère du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social mais sont associés à la décision le Ministère des Sports et celui de Santé et des Affaires Sociales.

Le titre d’équicien est de niveau 3 donc Bac+2, la formation se fait en trois ans et elle est classée sous la nomenclature suivante : « Spécialités plurivalentes des services aux personnes ». Cette certification est accordée à l’association Equit’Aide en Lorraine.

En ce début d’année, cette nouvelle est encourageante pour la médiation équine et plus largement pour la médiation animale. Bien qu’ancienne, cette pratique est peu reconnue au niveau institutionnel, elle est hétérogène et non réglementée. Cette certification marque un début de professionnalisation. Alors que nous soyons d’accord ou pas avec l’idée que « Equicien » est un métier et plus seulement une « plus-value » d’une profession (psychologue, orthophoniste, éducateurs…), nous devons reconnaître que c’est une avancée considérable et prometteuse pour les acteurs. « Une pierre à l’édifice » comme aime à le dire Isabelle Claude. Retour sur un métier naissant…

 

chevaux

 © Photo Résilienfance

 Au commencement… des constats et un questionnement

Comme beaucoup de professionnels impliqués qui tentent de structurer la médiation équine, Isabelle Claude a fait plusieurs constats au cours de ses longues années d’expérience:

– La médiation équine est une pratique basée sur l’empirisme avec ce que cela a de positif et de négatif (force et fragilité). Les dérives sont rares mais elles existent. « L’empirisme est positif quand il y a réflexion, questionnement et cheminement ». C’est dans cette logique que la démarche d’Equit’Aide s’inscrit avec la prise de conscience d’une nécessité de structurer et de professionnaliser une pratique en devenir;

Les demandes du public (particuliers, institutions spécialisées…) se multiplient ainsi que les offres avec des appellations diverses et des pratiques très hétérogènes qui génèrent de la confusion. Les bénéficiaires sont « perdus » face à cette diversité de l’offre. Comment différencier les professionnels compétents et habilités des autres ? Comment une pratique peut être reconnue et bien identifiée si elle est confuse et complexe aux yeux du public bénéficiaire, des institutions (de l’état), du grand public et des médias ?

– Un nombre important de personnes souhaite se former et pratiquer. Elles ne veulent pas être psychologues, éducateurs, moniteurs d’équitation… mais elles veulent faire de la médiation équine LEUR METIER ;

– La pratique de la médiation équine nécessite des connaissances et des compétences précises. La légitimité des praticiens est souvent questionnée du fait d’une absence de législation et de formation reconnue mais aussi du fait que certains la pratiquent comme un métier (alors qu’il n’en est pas un officiellement) et qu’ils ne possèdent pas forcément les compétences pour le faire.

La médiation équine apparaît comme une filière professionnelle naissante. Et pour Isabelle Claude se dessine les contours d’un métier qui, contrairement à une profession, émane du terrain et s’appuie sur une fonction précise.

La question s’est alors posée pour Isabelle Claude et ses collaborateurs: « doit-on faire de cette pratique une plus-value (une spécialisation) d’une formation acquise et reconnue (médecin, éducateur…) ou doit-on l’ouvrir aux autres personnes désireuses d’en faire leur métier ? De quel droit pouvons-nous dire que ces personnes n’ont pas les qualités et les ressources nécessaires pour exercer à partir du moment où nous acceptons de les former ? Et pourquoi, si nous les formons, ne seraient-elles pas aussi compétentes que des professionnels spécialisés voir davantage dans certains domaines? Quelles compétences doit-on leur donner pour qu’elles soient à égalité dans leur efficience et leur pratique ? Quelles compétences sont indispensables pour pratiquer la médiation équine ? »

Tout l’enjeu est bien là. Mais pour Isabelle, il lui semble juste d’ouvrir cette pratique au plus grand nombre et que, nous, professionnels (médecins, éducateurs, psychologues…), nous acceptions de « lâcher un peu » et de ne plus fonctionner en « chapelle fermée ». Ouvrir la chapelle, oui mais à la condition de garder « la qualité de nos questionnements, la rigueur de notre encadrement et le respect de l’individu mais aussi de l’animal » précise-t-elle.

La première étape sur la voie de la reconnaissance a été la création d’une nouvelle appellation.

Qu’est-ce que l’équicie ?

Dès 2010, la Fédération Nationale Handi Cheval avance sur le chemin de la professionnalisation et propose de nommer leur pratique : équicie. Nous avions publié un billet à ce sujet : Equicien : un métier émergeant, un métier émergé.

L’équicie est définit ainsi : « pratique de la relation d’aide à médiation avec le cheval, dispensée par des personnes formées, depuis 2011, au métier d’« équicien » à partir de la racine « equus » du latin cheval et le suffixe « ien » qui signifie profession. L’équicien est avant tout un professionnel de l’action sociale et médico-sociale. Il a une connaissance dans la relation humaine, la construction de l’individu, le comportement animal et la communication inter-espèce. Sa formation repose sur des connaissances en éthologie scientifique, en psychologie, en anatomie, en communication tant dans le domaine humain qu’animal. Il est également cavalier confirmé. Ce professionnel de la relation d’aide avec le cheval s’inscrit dans le cadre des actions à médiation animale et construit son accompagnement sur la méthodologie de projet de l’action sociale. » Source Handi Cheval.

Isabelle Claude précise aujourd’hui cette définition : « c’est un métier transdisciplinaire qui rassemble sous une seule identité professionnelle des compétences médico-sociales et équines et qui répond à un prescripteur. Si ce prescripteur est issu du soin, l’équicien va lui rendre des comptes en évaluant des comportements, s’il est issu de l’éducatif, il va évaluer les apprentissages ».

 

Sandie + cheval

© Photo Résilienfance

Et concrètement sur le terrain…

Une certification professionnelle est la reconnaissance par une autorité identifiable d’une qualification ou d’un savoir faire dans un domaine professionnel défini. Une certification professionnelle a une visée à la fois plus précise et plus pratique qu’un diplôme.

La reconnaissance/la certification du métier d’équicien permet :

– De créer une identité, des référentiels communs (des blocs de connaissance en lien avec des compétences) avec une charte de travail et une méthodologie communes pour tous les praticiens « équiciens » ;

– De faciliter le développement du marché du travail (création de fiches de poste, diplôme en lien avec le profil recherché) ;

– D’identifier, au niveau institutionnelle, une filière professionnelle naissante  « c’est une filière qui prend du crédit car elle est identifiée » ;

De repérer, pour le public, des praticiens habilités et compétents et de bénéficier d’une qualité de service plus homogène avec plus de garanties ;

D’accéder, pour des personnes désireuses d’en faire leur métier, à une formation initiale/continue, ou pour ceux qui pratiquent, d’accéder à une VAE ;

D’exister légitimement pour les praticiens sans prendre la place d’un autre professionnel.

De manière plus générale, et moins formelle, cette première reconnaissance va naturellement amener le milieu à se structurer. Ainsi, « des personnes qui travaillent en « free-lance » sans diplôme, sans rien, seront amenés à rendre des comptes sur ce qu’ils font car l’équicie est devenue un métier » selon la présidente de la Fédération Nationale Handi Cheval.

La certification reconnaît un métier, un titre et non une formation et « elle ne dit pas que telle ou telle formation est bonne ou mauvaise ». Ainsi, les autres organismes qui forment en médiation équine ne perdent pas en légitimité et en qualité. Toutefois, selon Isabelle Claude, les objectifs de la certification et les conditions d’accès à cette certification, pour Handi Cheval, sont clairement identifiés et repérés. Cette reconnaissance du métier d’équicien devrait amener les autres centres de formation  à se positionner et à clarifier leurs intentions. « Il est urgent de stopper la confusion, préciser les champs, les actions, les domaines de compétences et les qualifications. Nommer un métier, c’est identifier des compétences caractéristiques en rapport avec ce métier (référentiel métier) et de mettre en regard des connaissances (référentiel formation) permettant d’accéder à une qualification ». Isabelle précise de nouveau que Handi Cheval ne forme pas des thérapeutes mais des professionnels spécialistes de la médiation équine qui peuvent travailler sur des projets avec une visée thérapeutique en lien avec des soignants et des thérapeutes.

Cependant, la reconnaissance/la certification du métier d’équicien ne permet pas de réglementer la pratique de la médiation équine. Elle ne change rien quant à la responsabilité des praticiens. Il n’est pas obligatoire d’obtenir le titre d’équicien pour pratiquer la médiation équine et cette certification n’oblige pas les employeurs à recruter un équicien pour leurs activités.

Handi Cheval n’a donc pas, pour autant, le monopole des activités en médiation équine et ne vient pas réglementer l’accès à un métier.

Il est donc nécessaire de poursuivre le travail entrepris par tous les acteurs de la médiation animale afin de structurer la pratique en prenant peut-être le risque d’appauvrir la diversité des démarches au profit de référentiels communs, de normes, de méthodologie et d’évaluation. Mais dans un but : améliorer la qualité du service, protéger le public bénéficiaire déjà fragilisé, et l’animal, ce partenaire essentiel.

D’autres formations en médiation équine et animale pourraient prétendre à la reconnaissance d’un métier, certaines peuvent même être croisées et complémentaires. Isabelle Claude en appelle donc à un travail partenarial afin que cette première certification professionnelle en médiation animale puisse profiter à d’autres et que chacun ne travaille pas de manière isolée.

Alors, à qui le tour alors maintenant ?

 Sandie BELAIR

Pour en savoir plus:

la Fédération Nationale Handi Cheval

Equit’Aide

 

 

 

7 Responses to “Equicien est un métier reconnu ! A qui le tour maintenant?”

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    Marie L
    février 14th, 2014 at 15:06

    Merci a toi Sandie .
    De vehiculer l’information de cette reconnaissance du métier d’Equicien! Auquel je suis fière d’appartenir.
    Cordialement
    Marie

    avatar
    diane
    février 14th, 2014 at 20:20

    super cet entretien et sa restitution qui nous permet de prendre connaissance de cet « heureux évènement »,la naissance d’un métier reconnu Ayant fait cette formation, je retrouve bien les axes donnés et les points nécessaires à une bonne pratique professionnelle de la médiation avec le cheval. J’en profite pour dire que je suis infirmière et que cette formation est ouverte à tous les corps de métier du moment qu’il y a une démarche de réflexion personnelle et une envie de spécialisation. La connaissance et le respect de la personne et de l’animal sont les axes fondateurs de cette formation
    Merci Sandie pour cette communication.

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    Nicolas E.
    février 14th, 2014 at 20:20

    Merci Sandie d’avoir retranscrit ces informations bien utiles qui replacent clairement et précisément les informations dans leur contexte.

    La fiche RNCP, qui explicite les compétences liées à chaque certification, des équiciens a été publiée tout fraîchement : http://www.rncp.cncp.gouv.fr/grand-public/visualisationFiche?format=fr&fiche=18139

    Si les idées soutenues par Isabelle ne font pas l’unanimité dans la filière, nous sommes en revanche une large majorité à saluer son engagement et la ténacité avec laquelle elle mène les projets qui lui tiennent à cœur.

    Le fond des reproches que peuvent lui adresser, notamment, les représentants des réseaux de thérapeutes par la médiation équine est la crainte que sa politique n’entraîne un nivellement vers le bas, à travers une ouverture trop large des formations, et la validation massive (relativement à la taille de la filière) de diplômes devenus attractifs pour les financeurs.
    Cette crainte se fonde notamment sur des situations, peut-être et je le souhaite isolées, de concurrence ou de confusion entre équiciens et équithérapeutes – car si les professionnels réussissent généralement à distinguer leurs pratiques, c’est plus rarement le cas des bénéficiaires et des demandeurs de prise en charge, et ce ne sont pas nos référentiels technocratiques qui changeront cette situation. Sur ce point, l’idée que la certification permettrait à leurs possesseurs « d’exister légitimement pour les praticiens sans prendre la place d’un autre professionnel » relève d’après moi plus d’un élément de langage que d’une réalité.

    A titre plus personnel, ce qui me déroute dans la démarche d’Isabelle est son côté Binet – pour les non-initiés, lorsqu’il fût chargé de créer le premier test d’intelligence et qu’on lui demandait ce qu’était l’intelligence, Binet répondait : »c’est ce que mesure mon test ». Pour être plus explicite, on peut avoir l’impression que le métier d’équicien est une réalité artificiellement créée du fait de la création de la formation d’équicien, et non pas créée naturellement du fait de la préexistence du métier ou d’un besoin de la branche professionnelle. De fait, on peut avoir l’impression que les équiciens apparaissent dans le paysage « deus ex machina », à une place restant mal définie et pour répondre à des besoins qui étaient déjà pris en charge avant leur arrivée.

    Pour autant, ne craignons pas l’appauvrissement car la certification ne concerne que les diplômes et en rien les formations. Le fait que certaines compétences soient attestées et reconnues à travers le diplôme n’empêche en rien un diplôme de valider d’autres compétences, ni aux formations de préparer leurs stagiaires à développer des compétences qui ne sont pas issues du référentiel. Il reste heureusement fort difficile de mettre en œuvre des formations qui soient exclusivement consacrées aux compétences visées par le référentiel du diplôme.

    Et quoi qu’il en soit, réjouissons-nous de cette avancée qui, critiques de bonne guerre mises de côté, est de bon augure pour toute notre filière.
    Isabelle, si tu me lis, tu sais où tu trouveras une porte ouverte à toute discussion autour de projets profitables à tous.

    avatar
    Marie
    février 15th, 2014 at 12:59

    Un grand merci Sandie pour cet état des lieux!!! Une sacrée avancée dans l’univers de la mediation animale… il faut continuer sur ce chemin de la reconnaissance, dans cette volonté de clarifier les pratiques tout en respectant les diversites des approches!!

    avatar
    marine
    décembre 9th, 2014 at 16:24

    Bonjour’ je suis vraiment intéressé par ce métier
    Étant moniteur éducateur en reconversion après 7 ans de pro dans les chevaux je, ai appris depuis peu que je pouvais associer mes deux métiers
    Pouvez vous me renseigner sur les site de formations existants afin que je puisse démarrer une formations
    Je, ai pris connaissance du site Équit aide de Lorraine mais c’est à 40 de chez moi du coup je recherche activement d’autres possibilités
    Je vous remercie d’avance et j’espère faire un jour partie de cercle des equiciens

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    Caullery Jean-Michel
    janvier 19th, 2016 at 21:21

    Je suis AMP dans une institution avec un public de personnes adultes handicapées ,j’aimerais en savoir plus sur votre formation, je vous laisse mon adresse ,Caullery Jean-michel rue du chamoine Carlier entrée 7 logement 7 ,59440 Avesnelles, merci d’avance ,cordialement

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    Sandie Bélair
    janvier 22nd, 2016 at 18:03

    Monsieur,

    je vous conseille de prendre contact avec Isabelle Claude par mail.
    http://www.equitaide.com/contact-27.html
    Je vous remercie.
    Sandie Bélair

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