Sandie Bélair décembre - 15 - 2016
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Pour cette nouvelle interview, nous poursuivons nos rencontres avec les référents de chiens d’accompagnement social Handi’Chiens (voir celle d’Émilie Barutello, psychologue: ici). Et cette semaine, je suis ravie de vous présenter Blandine Sauzay Pierens avec qui j’ai partagé mon stage Handi’Chiens en mars 2010… une expérience qui vous lie indéniablement (un coucou à Estelle en passant)…  Depuis, nous avons gardé le contact et suivons le travail de l’une et l’autre…

L’expérience de Blandine est riche sur divers points mais j’ai centré cette interview sur la fin du travail et la mise à la retraite de nos partenaires canins comme je vous l’avais précisé dans le billet de Sandra: Partage de mes réflexions quant à la fin de carrière de nos équidés et plus spécifiquement ceux avec lesquels nous travaillons en médiation animale.

Probablement que je demanderais à Blandine de venir nous parler d’un certain travail qu’elle effectue avec Fayou… En attendant, je vous souhaite une belle rencontre avec Blandine…

Tu es psychomotricienne et tu as fait partie de la première promotion « Chien d’Accompagnement Social – Handi’Chiens » en 2010, comment es-tu arrivée à concevoir un tel projet? Quels ont été les leviers et quelles ont été les limites?

C’est au travers de rencontre lors de mes études de psychomotricienne que je me suis dit : « un jour moi aussi je travaillerai avec un chien. » Lors d’un stage en deuxième année d’études j’avais pu voir à quel point la présence animale et particulièrement canine, apportait à des enfants en situation de polyhandicap. C’est tellement plus motivant de se déplacer pour aller caresser le chien !! Mes leviers ont été nombreux et essentiels. Une équipe de direction totalement partie prenante au projet, une collègue a 300% avec moi dans l’élaboration et la rencontre avec l’Association Handi’Chiens.

Pour ce qui est de mes limites, je crois qu’au départ, je ne me suis pas trop poser de limites, mais j’avais des objectifs très précis de travail avec le chien. Le fait de concentrer mon projet sur ces objectifs à délimiter un cadre. Mais aujourd’hui 6 ans après le début de cette grande aventure « ces limites » sont devenues une ouverture extraordinaire pour ce projet.
 

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Quelles missions a eu Cybelle et a aujourd’hui Fayou dans ton établissement et plus précisément dans ton travail de psychomotricienne?

Au début Cybelle a travaillé 7 mois qu’avec moi avant que d’autres collègues soient formées en tant que référentes Handi’chiens. Cybelle et maintenant Fayou ont un rôle essentiel dans mes prises en charge en éveil sensoriel dans notre salle SNOEZELEN. La chaleur, le toucher, la respiration et le rythme cardiaque du chien, apportent beaucoup sur le plan des stimulations sensorielles et sur le plan de la relaxation. Je vois véritablement la différence entre les prises en charge avec ou sans le chien. Le chien participe à mes prises en charge en psychomotricité plus axées sur les déplacements moteurs, l’orientation dans l’espace…. J’ai aussi mis en place un groupe sensoriel ou le chien est le centre d’une dynamique de communication non verbale, pour des personnes avec un polyhandicap lourd. Puis avec l’arrivée des autres référentes Handi’chiens, Cybelle puis Fayou ont élargis leurs champs d’interventions sur un plan éducatifs, sociale, et de soins avec les infirmières… Aujourd’hui, Fayou peut intervenir, sur l’ensemble de la journée selon les besoins.

Tu as dû cesser prématurément le travail avec Cybelle en raison de son état de santé. Peux-tu nous parler de cette expérience, de ton vécu?

Cybelle est tombée malade très rapidement suite à son arrivée au sein du foyer. Je n’ai jamais compté le nombre de fois où nous nous sommes retrouvées aux urgences vétérinaires. Travailler avec un chien engage beaucoup d’affects. Cybelle était une chienne exceptionnelle qui avec un relationnelle à l’humain incroyable, que ce soit avec chacune des référentes ou avec les résidents de l’établissement.  Ses soucis de santé ont engendré des liens extrêmement forts entre les référentes que je n’aurais jamais pu prévoir. Il y a eu des moments difficiles. Et particulièrement lors qu’avec Handi’Chiens nous avons pris la décision de mettre Cybelle à la retraite tout juste deux ans après son arrivée. Mais il fallait absolument prendre en compte son bien être à elle avant tout.

J’avoue que nous avons énormément sollicité Handi’chiens pendant ces deux années. Florian, éducateur à Handi’chiens a été très présent.  Cela n’a pas été facile de me séparer de Cybelle, ni pour moi, ni pour elle, même si nous avions pris la décision de la garder auprès de nous. Je devais passer le relais à deux de mes collègues et moi investir un nouveau chien au quotidien. Cybelle allait donc en alternance chez deux de mes collègues et elle travaillait lorsqu’elle était en forme. J’avais dit à Handi’chiens que pour moi, comme pour mes collègues et les résidents du foyer, nous ne voulions pas un deuxième chien trop similaire à Cybelle. Donc pas de deuxième labrador sable.

Je n’oublierai jamais le soir ou j’ai déposé Cybelle chez ma collègue Claire ni le lendemain, ou Fayou entrait dans ma vie. Ce jeune Golden, si grand et si différent de Cybelle. Nous avons appris à nous connaitre.

Comment as-tu réussi à « investir » un autre chien (Fayou) après ce douloureux événement?

Au début cela a été difficile de ne pas mettre en comparaison les deux chiens. Mais Fayou a su faire sa place. Il a apporté beaucoup de sérénité au quotidien, car c’est un chien, sans soucis de santé. Il sait prendre du recul dans tout ce qu’on lui demande, alors que Cybelle se donnait en fond sans limite. Fayou est lui aussi un chien exceptionnel.
 

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Que conseillerais-tu aux professionnels dont les chiens arrivent à l’heure de la retraite? Comment préparer cette fin? Comment envisager le travail avec un autre chien?

Je crois qu’il est très difficile de se préparer à la retraite de « son » chien. Cela fait 6 ans que chaque jour je me repère que Cybelle comme Fayou est avant tout le chien des résidents du foyer. Mais on travaille avec du vivant, avec des émotions. Cybelle fut mon chien, comme Fayou l’est aussi. Et je pense que chaque référente (nous sommes dix sur l’établissement) pourrait dire la même chose que moi. C’est je crois que c’est ce qui est assez exceptionnel avec ces chiens Handi’chiens, c’est qu’ils permettent à chacun de dire « c’est mon chien ». !!

Je pense que le départ en retraite d’un chien d’accompagnement social se prépare avec L’association Handi’chiens mais aussi avec les professionnels qui ont déjà vécu cette situation. Cybelle est rester deux ans avec nous alors qu’elle était déjà en retraite. Cela nous a permis un travail de transition et pour le chien, et pour nous et pour les résidents. En 2014, nous avons accompagné Cybelle dans sa nouvelle famille pour une retraite bien méritée. Ce fut un moment très fort en émotion. Mais de savoir, qu’elle allait vivre dans une famille toute attentionnée à elle, fut pour nous quelque chose de très important dans notre travail de séparation. Nous pouvions en toute sérénité lui dire au revoir.

L’annonce de la mort de Cybelle début juillet à réveiller ces quatre années merveilleuses avec elle malgré ses soucis de santé. Elle a été la première chienne Handi’Chiens au sein du foyer et elle le restera. Beaucoup d’émotion, mais quel bonheur pour moi d’entendre les résidents parler d’elle encore aujourd’hui.

Que verrais-tu de nouveau pour continuer de faire avancer « le chien d’accompagnement social » et plus précisément l’accompagnement des référents (en terme de pratique mais aussi de prise en compte de l’animal dans sa globalité)?

Je crois en regardant ces six années derrière moi et celles à venir, qu’il est très important de travailler sur la notion de « comment faire perdurer un projet de chien d’accompagnement social au sein des établissement ?»

Prendre en compte, le danger de la routine, les changements de direction, d’équipes, les changements de référents, les besoins du chien pour qu’il ait chaque jour envie de travailler. Et pour cela je pense que l’association Handi’chiens doit travailler étroitement avec les professionnels au sein des établissements. Pourquoi pas créer des groupes de référence sur ces thèmes ?

Aujourd’hui, tu es très investie pour Handi’Chiens et tu portes leurs couleurs sur les supports de communication ou lors d’évènements. Qu’est-ce que cette rencontre avec Handi’Chiens t’a apporté sur le plan personnel ?

Cette rencontre a été très forte tant sur le plan personnel que professionnel. Monter un projet Handi’chiens c’est accepter de faire entrer un peu plus du boulot dans sa vie personnel mais aussi inversement faire entrer un peu de sa vie privée dans sa vie professionnelle.  Ma rencontre avec Handi’chiens m’a fait entrer dans une grande famille. Que de rencontres extraordinaires, de nouvelles amitiés liées. Cette rencontre m’a changée, je crois qu’il y en a plusieurs qui pourraient dire qu’entre la stagiaire de 2010 et de la référente Handi’Chiens qui écrit aujourd’hui…..Quels changements, tant sur le plan personnel que professionnel !!!
 

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Si c’était à refaire?…

Je dirais oui, oui et encore oui sans hésitation !!!

Avec quel animal de roman, de BD, de mythologie… aurais-tu aimé travailler?

Bonne question !!! j’avoue qu’enfant j’adorai le club des Cinq avec leur Chien Dagobert ! et les six compagnons avec leurs chien KAFI. Des histoires très canines !!

Le mot de la fin est pour toi!

Que dire, sinon que je souhaite à chacun qui lira ces quelques lignes, qu’il y découvre l’envie de monter ce genre de projet. De s’y donner entièrement tout se mettant un cadre pour assurer la pérennité d’un tel projet. Il  faut savoir s’entourer de personnes compétentes dans le domaine de la médiation animale. L’histoire n’est pas finie.  Merci de m’avoir donné cet espace de parole!!!

Sandie Bélair

+++ Sur le même thème:

Interview d’Émilie Barutello, psychologue et praticienne en médiation animale, sur l’intégration d’un chien d’accompagnement social Handi’chiens en EHPAD!

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