Rédacteur invité décembre - 7 - 2016
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Aujourd’hui, nous laissons la parole à Nathalie Frilley, thérapeute avec le cheval et co-référente du groupe de réflexion Résilienfance Bourgogne/Franche-Comté.

Ce texte a été également publié dans le livret interne de la FENTAC.
 


 
APPEL A LA RESISTANCE!
 
Le Congrès IAHAIO se tenait du 11 au 13 juillet.
Une opportunité que ce congrès se fasse à Paris. J’avais l’envie d’étendre mes connaissances en médiation animale. Rencontrer des personnes venues du monde entier pour échanger sur leurs pratiques, ne pouvait qu’enrichir la mienne.
 
Malgré une belle organisation prise en charge par l’équipe de la Fondation Sommer, j’en ressors perplexe et interrogative. Et surtout matraquée par un mot qui pèse sur notre cadre de travail depuis quelque années, envahissant tous les étages de ce grand espace de la Villette : évaluation. Les plénières pleines de chiffres, colonnes, courbes et les workshops remplis d’un mot culte : randomisation.
Impossible de me concentrer sur les contenus, je suis donc sortie quasiment à chaque intervention pour discuter avec des personnes errant dans les couloirs dans le même état d’étonnement.
 
Les scientifiques auraient-ils envahis le cœur de la médiation animale ?
L’évaluation serait elle devenue la petite sœur de la séduction ?
Et pour séduire qui ? Soi-même ? Les autres ? Pour une course à la reconnaissance après laquelle on court tous à des degrés divers. La science ? Qui a supplanté Dieu et devient le nouveau maître à penser à qui l’on doit tout sacrifier.
Parce que là est ma question aujourd’hui : dois-je sacrifier l’éthique que j’ai de mon métier, pour plaire et me plier aux exigences de groupes témoins, et variables diverses ?
La recherche oui, mais à quel prix ?
 

19-janv-16-c-shutterstock

 
Dois-je laisser instrumentaliser les personnes et les chevaux pour servir la mise en place de futurs protocoles auxquels je ne pourrais pas adhérer ? Deviendront –ils objets d’études, alors que nous nous battons tous les jours pour qu’ils deviennent sujet d’eux mêmes ? L’incohérence frappe à notre porte et nous lui ouvrons sans prendre la moindre précaution.
« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » nous interpellait Rabelais.
 
Biologiste moléculaire de formation universitaire, j’ai, entre autre, travaillé pour Sanofi sur des sujets passionnants comme l’hormone de croissance et l’encodage la capsule du VIH. Mais j’ai aussi connu la course des études à publier, les étudiants aux dents longues, les patrons de thèse auxquels il fallait plaire avec l’espoir d’être prise en post doc. Mais j’ai quitté ce monde pour ne pas me prostituer, et renier mes valeurs, ce n’est pas aujourd’hui que je vais céder à cette pression.
 
Alors, oui, notre métier a besoin de théorisation, d’être conceptualisé pour qu’il se fasse une place reconnue et qu’il prenne ses lettres de noblesse. Les réalités économiques pèsent aussi dans notre quotidien.
Mais c’est à nous, accompagnants, thérapeutes et soignants, d’inventer une mise en lumière qui nous corresponde dans sa forme et dans son contenu. Et je ne suis pas la seule à me poser cette question. Alors oui, regroupons-nous et réfléchissons. Il y a des pistes possibles.
D’ailleurs, notre équipe présentait un poster sur un travail promouvant la remise du corps au sein des apprentissage en milieu scolaire et nous l’avons formaliser pour qu’il soit le reflet de notre travail, c’est à dire qu’il suggère dans sa forme, la remise en route du processus créatif de l’enfant par le mouvement.
La science devrait être au service du terrain et de la pratique. J’ai le sentiment désagréable de penser que nous essayons de nous plier à elle.
Je me souviendrai du dernier workshop auquel j’ai assisté : un scientifique voulant tout expliquer, en somme tout maîtriser. Quelle mission, et quel poids !
Mais que restera t-il à la science quand tout aura été décortiqué ?
 
La vie est mouvement, insaisissable. Laissons-la nous traverser. En restant à notre juste place, et à son service : faire notre métier, tout simplement.
L’humilité sera garante de nos avancées.

Nathalie FRILLEY

2 Responses to “Un pied dans le plat – Congrès IAHAIO juillet 2016”

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    Valenduc Isabelle
    décembre 8th, 2016 at 12:05

    que ça fait du bien des réactions saines et authentiques…merci

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    patrizia reinger c.
    décembre 8th, 2016 at 17:31

    :-)…difficile encore de « affirmer »mes réflexions par l’écriture…MAIS, je suis contente de savoir que quelqu’un à des difficultés, comme moi, avec cette tendance à approcher l’univers de la médiation avec l’animale , tout à fait spécial, avec les instruments tout à fait habituels des êtres humains qui veulent « établir » la connaissance….au point que je ne me reconnais plus dans un projet commun, plutôt j’essaye de affiner de plus en plus mes compétences pour fair au mieux « mon métier »…Donc, merci! , de la part de mon monde aux oreilles longues 🙂

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