Jean-Claude Barrey mars - 16 - 2009
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De retour de formation en éthologie humaine (passionnante) auprès de Jean-Claude Barrey, j’ai ramené dans mes valises quelques billets de ce dernier à vous faire partager… Pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus, Jean-Claude et la station de recherche pluridisciplinaire Les Metz dans l’Yonne propose une formation sur l’éthologie de l’âne… Avis aux amateurs!! Sandie

L’âne domestique, Equus asinus, dérivant de l’âne sauvage d’Afrique, s’est séparé plus tardivement que le cheval du rameau commun des équidés.

La génétique nous apprend que le nombre des chromosomes, au cours de l’évolution d’un groupe, a tendance à diminuer des formes primitives vers les formes évoluées. Or, le cheval sauvage de Przéwalski en possède 66, le cheval domestique actuel, 64, et l’âne domestique, 62, ce qui établit bien l’évolution plus avancée de l’âne.

Si nous nous tournons vers l’éthologie (l’étude du comportement animal) nous apprenons que les relations sociales chez l’âne sont beaucoup moins stables et étroites que chez les chevaux. Chez ces derniers, en effet, il se constitue des harems stables et fermés, alors que les ânes sont associés en groupes où les individus se cotoient de manière plus anonyme, arrivent et repartent sans boulverser l’équilibre de l’ensemble. Les seuls liens solides qui existent au sein du groupe sont ceux qui existent entre l’ânesse et sa progéniture.

Nos amis ânes de chez Anikouna

Dans ce flou social, qui permet une plus grande dispersion, et donc une meilleure utilisation des terres arides, seul les mâles établissent des territoires, et encore, uniquement pendant la période de reproduction. Il empêche alors ses congénères du même sexe d’entrer sur son territoire si une femelle en chaleur s’y trouve, et signale cette « propriété » par des signaux sonores, des braiements qui suffisent généralement à dissuader l’intrus.
L’ânesse, quand à elle, est moins passive que la jument: elle sollicite davantage le mâle par des appels caractéristique de leur état de « chaleur », ce qui permet de compenser la dispersion et l’absence d’unité sociale.

Quoique moins annobli et omniprésent que le cheval dans notre culture, l’âne figure cependant en bonne place dans notre histoire de tous les jours, ainsi qu’en témoigne le récit de ce procès, rapporté par Maître Barrey, avocat à Auxerre pendant la première moitié de ce siècle.

Le 1 juillet 1750, une dame Ferou, lingère, livrait son linge avec l’aide d’un âne entier répondant au nom flatteur de « Bel oreille ». Alors que celui-ci attendait devant la porte d’un client, passe une femme Leclerc montée sur son ânesse, qui, étant en chaleur, « envoie au nez de l’âne des effluves tentatrices, et se met à braire d’une façon si tendre et si expressive qu’il en est tout ému… » Il est des circonstances ou, chez l’âne le plus correct et le plus continent, la nature parle assez fort pour que soient oubliés les principes d’une bonne éducation. Il accompagna donc l’ânesse jusqu’à sa demeure, et, « la femme Leclerc étant descendue de dessus son ânesse, l’âne de Ferou jugea bon de la remplacer… »

Ferou, venant récupérer son baudet, se voit réclamer des dommages et intérêts, car l’âne, au cours de ses ébats contrariés, aurait mordu la femme Leclerc. Un procès s’ensuivit, au cours duquel l’âne bénéficie du témoignage favorable …du prieur, du curé et des habitants de sa paroisse: « …nous avons connaissance que la femme Ferou avait un âne depuis quatre ans pour le service de son commerce, et que pendant tous le temps qu’ils l’ont eu, personne ne l’a jamais connu méchant et n’a jamais blessé personne, qu’aucun ne s’en est jamais plaint ni entendu qu’il ait fait de malice dans le pays. » Il fut néanmoins condamné à une peine, à vrai dire légère. Mais cette condamnation ne satisfait pas l’ânesse, indignée d’avoir entendu dire par l’avocat de l’âne que  » dès l’age le plus tendre elle allait souvent seule au bois et dans les prairies, ou, libre du joug de la décence et de la pudeur, si nécessaire à son sexe, elle faisait retentir les échos de ses his-hans amoureux, appelait les amants, et les sentait à la piste. » L’ânesse, donc défendit son honneur par une lettre adressée à une amie, « pour servir de réponse au mémoire d’un âne »!

« Il me semble, ma chère, que les peines deviennent plus légères quand on peut les déposer dans le sein d’une amie: frémis au récit de la mienne… Un âne sans principes, sans moeurs et sans délicatesse m’a rendue la triste victime de sa brutalité… Il m’aborde sans me connaître avec une contenance aussi ferme que s’il eut eu des droits sur moi et entame la conversation par des propositions si hardies que je n’eu même pas la force de lui fermer la bouche… Ma maîtresse, fleuriste, me quitte pour ouvrir la porte, . L’inflexible baudet saisit le moment, et, de toutes les fleurs que je portais tous les jours, le traître me cueillit la plus chère. Mais c’est peu pour le perfide d’avoir déshonoré une innocente ânesse, il fallait encore qu’il rendit publique sa honte et la mienne: il a fait imprimer un mémoire au bas duquel il a eu la hardiesse de mettre le nom respectable de ce que les hommes entre eux nomment un avocat! Ne croyais-tu pas comme moi que rien ne devrait être si étranger l’un à l’autre qu’un âne et un avocat?… Et quand au témoignage, la vigilance du curé de la paroisse s’étend elle donc sur la conduite de tous les ânes de sa paroisse? Plains moi, ma très chère; mon malheur n’est pas sans ressource puisqu’il me reste encore une amie et ma vertu… »

Balade attelée pour Résilienfance lors de la visite chez Anikouna en Mai 2008

Qu’ajouter à cela, sinon que l’âne fait actuellement une remontée vigoureuse dans l’élevage français, et qu’il est bien présent en Puisaye (département de l’Yonne 89, chez Jean-Claude), où il n’a, à ma connaissance, encore donné lieu à aucun procès…

Jean-Claude BARREY

One Response to “Les chevaux et leurs cousins: les ânes”

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    annick
    mars 16th, 2009 at 21:54

    Merci, pour ce billet sur les ânes ! Et bienvenue à tous ce qui veulent les voir de plus prés chez ânikounâ !!! Ils sont en plein forme avec ces températures printanières ! Et les chaleurs des ânesses vont bon train … ainsi va la vie !!!
    annick

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