Sandra Massy janvier - 30 - 2015
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Pour donner suite à ce formidable rassemblement d’âniers en Italie sous l’appellation de Médi’asinus ! Nous vous proposons d’aller plus avant, mais, à petits pas toutefois vers les protagonistes de ce collectif, qui n’a d’ailleurs, à ce jour, toujours pas de statut identifiable, ce qui ne l’empêche pas de vivre, de s’épanouir et de vous inviter à le connaître mieux ! Rien d’étonnant diront les connaisseurs d’asinus, qu’une concentration d’âniers-thérapeutes-intervenants de tous poils, n’ait pas encore trouvé une organisation sociale définie, claire et stable, si l’on en croit l’adage : qui se ressemble, s’assemble ! …

Car, en effet, vous pourrez découvrir sous la plume de Sandra Massy, que chez les ânes, pour faire court, l’anarchie semble de mise comme modèle d’organisation sociale… Drôles de zèbres tout de même !

Thérapeute avec le cheval Suisse, Sandra Massy, rejoint l’équipe officielle des rédacteurs du blog. Vous trouverez sa présentation à la page: les rédacteurs. Dans son billet, elle interroge la cohabitation Cheval-âne-mulet dans la construction de sa pratique de thérapeute !

Equidés pluriels, pour une rencontre unique. Troupeau hétéroclite, qui offre autant de chemins à explorer pour se connaître mieux… Annick Labrot


Contenu d’intervention à Medi’asinus2014

Je vais vous présenter mon expérience professionnelle de construction d’une pratique de thérapie avec le cheval, l’âne et le mulet en Suisse romande, puis dans un second temps mon travail dans la formation des thérapeutes.

Ma formation initiale est celle d’éducatrice spécialisée, actuellement renommée éducatrice sociale. J’ai toujours su que j’aimerais pouvoir travailler avec des animaux et plus spécifiquement avec des équidés et ainsi faire cohabiter deux mondes qui m’attiraient.

Je dois donc faire une petite parenthèse sur mon histoire de vie plus personnelle, car les chevaux, les ânes et les mulets sont arrivés en premier dans ma vie personnelle. Je suis cavalière depuis l’âge de six ans, comme bon nombre de petites filles… à 15 ans j’ai eu la chance de devenir la propriétaire d’un petit cheval un peu fou, mais qui a été un très bon professeur. Puis j’ai rencontré un compagnon bipède, qui a tenté de faire de moi une cycliste tandis que j’essayais de faire de lui un cavalier, ceci afin de parcourir les chemins de St-Jacques de Compostelle. Résultat, nous avons acheté une ânesse, portante, puis un âne hongre afin de porter nos bagages… quand nous sommes revenus de ce voyage initiatique de trois mois , nous avions 3 ânes et un vieux cheval. Puis comme je suis quelqu’un de têtu, j’ai fait de mon mari un cavalier, mais un cavalier de mulet… (il est aussi têtu) donc deux mulets en plus dans la famille. Et j’ai racheté une jument Franche-Montagne (CH), ce qui portait notre troupeau à 2 ânes, deux mulets et une jument quand j’ai commencé la formation de thérapeute avec le cheval à Lausanne (l’ânon ayant été vendu et le vieux cheval galopant dans la grande prairie).

Chevaux, ânes et mulets forment trois mondes, avec des cultures assez différentes, je ne vais pas m’étendre là-dessus, mais pour moi ils incarnent tous ce rêve de petite fille : un équidé peut nous emmener partout, faire n’importe quoi et tout partager avec nous. Je les utilisais donc chacun au mieux de leurs capacités individuelles et de ce qu’ils étaient d’accord de faire avec moi.

 

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 © Photo Planète Indigo

 

Je ne voyais donc pas vraiment où le bât blessait, jusqu’à ce qu’on me dise dans la formation de thérapeute avec le cheval, que travailler avec des ânes et des mulets, c’était vraiment étonnant ou carrément remis en question par certains.

Cela a donné lieu à mon travail de recherche présenté dans le cadre de la formation de thérapeute avec le cheval pour l’obtention de mon diplôme de thérapeute avec le cheval ASTAC-EESP: « Entre représentations, mythes et réalités, la thérapie avec le cheval, l’âne et le mulet, Lausanne 2007« . C’est ce travail et ses conclusions que je vais vous présenter.

Lors des premiers questionnements sur ma pratique à cheval (le français à déjà pris parti !) sur trois monde, je me suis remise en question, trois animaux = trois formations ? J’étais mal partie…

Mais je suis restée fidèle à mon sentiment profond et à ce que ma pratique me montrait. Ce n’est finalement pas si différent et que même le fait de proposer un troupeau hétéroclite était un plus, car cela permet au patient qui arrive de choisir avec quel animal il a le plus d’affinités.

J’ai donc milité en Suisse, dans la formation de thérapeute avec le cheval, afin que la taille des oreilles et les chromosomes ne soient pas un frein à la pratique de la thérapie avec les équidés (qui s’appelle toujours thérapie avec le cheval, mais dans les documents, il est spécifié que derrière le terme cheval, il y a les ânes, les mulets et les bardots…).

Et aujourd’hui, dans ce colloque dédié à la médiation asine, je vais vous raconter mon histoire pour vous montrer que les chevaux et les mulets ont aussi des qualités…

En effet si je résume mon travail, il y a dans la famille Equus, cinq sous espèces, dont le cheval domestique et l’âne domestique. Equus Cabalus a 64 chromosomes, A.asinus 62 chromosomes et les mulets là -dedans, croisement de ces deux espèces, 63 chromosomes…

Mais ce qui est plus intéressant et ce qui pourrait nous pousser à croire que les ânes et les chevaux sont très différents dans un contexte de thérapie, c’est l’éthologie.

 

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  © Photo Planète Indigo

 

En effet, il y a deux grands types d’organisation sociale chez les Equus :

• Une organisation sociale stable en petit groupe, comprenant un étalon, quelques juments et les poulains. Les jeunes mâles formant des groupes de jeunes mâles célibataires chez le cheval domestique, Prezwalski et deux zèbres.

• Absence de relation stable entre les individus, excepté la relation qui unit la mère à son petit. Les autres adultes peuvent rester solitaires, ou se réunir pour quelques jours, rarement des semaines ou exceptionnellement des mois. Tout bouge. Les mâles défendent des territoires de reproduction lors de ladite période. Ils se sentent propriétaire des femelles qui y passent. Ceci chez tous les ânes et un zèbre…

Cela nous donnerait très schématiquement des chevaux très grégaires, les ânes beaucoup moins, des chevaux avec la fuite comme moyen privilégié de défense, alors que l’âne à d’autres compétences à faire valoir…

Et les pauvres mulets, eux sont au milieu de tout ça, en se demandant bien ce qu’ils doivent en penser…

Notons tout de même qu’en milieu naturel, il n’y a pas d’hybrides. La domestication a permis des essais, le mulet en est un qui dure dans le temps… mais spontanément, un âne ne saillit pas une jument, sauf s’il est vraiment seul et sans ânesse…la mulasserie a donc longtemps été un art, maintenant on insémine beaucoup !

De toute façons, actuellement, il n’y a pas beaucoup d’équidés –à part quelques Prezwalski heureux- qui vivent dans leur milieu naturel, pour la bonne et simple raison qu’il n’y a plus assez de place (300 hectares pour les chevaux et plus de 50km2 pour un âne entier).

Les comportements de base décrits par les éthologues ne peuvent donc pas vraiment avoir lieu dans de bonnes conditions. De plus, les différences entre espèces et même au sein d’une espèce sont telles qu’il vaut mieux parler des individus et de leurs seuils de tolérance pour le déclenchement des fonctions finalisées (J-C Barrey, éthologue).

Nous y voilà, ce qui fonde ma pratique, c’est que chaque équidé, tout comme chaque humain, a un histoire individuelle et qu’on ne peut réduire les ânes à être têtu et les chevaux peureux…

En thérapie, nous allons avoir la rencontre d’un animal, avec un humain et un thérapeute, dans un contexte, ce qui va donner à chaque fois quelque chose d’unique.

 

Sandra Massy reésumé + intervention à Médiasinus 2014-1

 

 

Et s’il est vrai que chacun amène des représentations diverses, c’est la relation qui se crée entre le patient et l’animal et les ressources que le patient mobilise, accompagné par le thérapeute, qui sont au cœur de la prise en charge.

Offrir trois types d’animaux, et huit individus uniques, cela multiplie les possibilités d’entrer en résonnance avec un aspect ou l’autre. Le fait de travailler avec un troupeau permet aussi un travail sur les liens avec la famille, les pairs, l’école, le groupe.

Le processus thérapeutique est pour moi la découverte de soi, au travers de l’Autre. Découverte de soi et de l’Autre dans la rencontre tout d’abord avec un animal qui questionne l’humain en nous. Cet Autre-animal est fondamentalement différent, mais il est à la fois le représentant de notre part la plus cachée, notre partie animale, archaïque. Ce processus permet de travailler l’altérité et à la fois de faire miroir. La thérapie avec les équidés permet aussi bien de travailler sur la constitution du Moi de certains patients (découverte de l’Autre) que de permettre un travail d’introspection avec d’autres patients (quand l’Autre se fait miroir de la personnalité).

 

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  © Photo Planète Indigo

 

Chaque individu cherche sa place dans son groupe d’appartenance. Les équidés de mon troupeau forment un groupe hétérogène, mais soudé. Ils ont créé leurs règles de vie… Chacun a trouvé sa place, quel qu’il soit. Les patients cherchent comment s’inscrire dans l’humanité, comment être reconnus, avec leurs spécificités et leurs difficultés parfois. Ils cherchent un chemin pour émerger en tant que sujet relié au groupe. La thérapie avec le cheval, l’âne et le mulet, mais je devrais dire avec Charly, Cayenne, Pamino, Beat, Désirée, Câline et Praline, offre de multiples chemins, de petits sentiers ou de grandes allées, dans un cadre contenant, afin de trouver d’autres façons de vivre avec soi-même et avec les autres.

 

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© Photo Planète Indigo

La formation en Suisse

Comme je l’ai évoqué plus haut, je suis Suissesse, donc quand est arrivé le moment de me former en thérapie avec les équidés, j’ai cherché ce qu’il y avait autour de chez moi : L’ASTAC en Suisse est l’équivalent de la FENTAC en France. Ces deux associations font partie du GIETAC, groupement francophone d’études sur la thérapie avec le cheval.

L’ASTAC dispensait à l’époque une formation post-grade de trois ans.

J’ai entendu parler de Médiâne par deux asinothérapeutes romandes, que j’avais contactée afin d’échanger sur leur travail. Mais comme je voulais travailler avec trois équidés, je me suis dit que le plus simple était de me former en TAC et de leur expliquer que les ânes et les mulets cela peut même être un plus… (et que ce n’est quand même pas un dauphin ou un perroquet !!!).

Je me suis formée dans ce qui était à l’époque l’EESP, une Haute Ecole en Travail social et Santé. Puis la Suisse est entrée dans le système de Bologne et il a fallu faire entrer la formation dans le système d’étude européen. C’est là que j’ai commencé à travailler avec la HES-SO de Lausanne à la construction de la formation actuelle. La HES-SO a déposé une demande d’exploitation d’un DAS en thérapie avec le cheval, soit un Diploma of Advanced Studies de 40 crédits ECTS.

DAS en thérapie avec le cheval

Conditions d’admission : Être en possession d’un titre d’une haute école (bachelor) ou jugé équivalent dans les domaines de la santé et ou du social. Faire état d’une expérience professionnelle de 3 ans au minimum

Prérequis : Attester avoir suivi un cours de premiers secours. Disposer des brevets de cavalier (FSSE) et de randonneur (A.S.R.E.). Attester avoir réalisé un processus de développement personnel ou un processus thérapeutique, de 50 heures au moins, avec un accompagnant ou thérapeute reconnu. Attester avoir suivi soi-même 15 séances de T.A.C.

Diplom of Advance Studies (DAS) HES-SO en Thérapie Avec le Cheval (T.A.C.) (40 ECTS)

Durée: trois ans (6 semestres)

Organisé en 5 modules

Module 1: une pratique et des savoirs spécifiques liés au cheval (8 ECTS)

Module 2: méthodologie de la T.A.C. et champs d’application (10 ECTS)

Module 3: la construction de la pratique de la T.A.C. (8 ECTS)

Module 4: la construction du savoir en T.A.C. (6 ECTS)

Module 5: la construction d’une posture de recherche en T.A.C. (8 ECTS, dont 5 ECTS pour le travail de diplôme)

Je suis co-responsable du module 3, qui consiste principalement à la préparation, au déroulement et à l’analyse de deux stages d’une durée d’un an chacun.

Actuellement en Suisse, nos collègues suisses allemands ont aussi un DAS en allemand à Fribourg et pour nos collègues physiothérapeutes un CAS en hippothérapiese met en place à Winthertour.

En Suisse, l’hippothérapie correspond à de la physiothérapie à l’aide du cheval, soit une rééducation à un niveau physique. Ces thérapies sont remboursées par l’assurance de base pour les scléroses en plaques et les infirmités motrices cérébrales chez les mineurs.

Nous sommes très contents d’avoir obtenu ce niveau pour notre formation, avec une reconnaissance de l’état via les Hautes Ecoles, ceci afin de mettre toutes les chances de notre côté afin d’aller négocier avec les assurances, pour obtenir des remboursements de nos pratiques.

En Suisse, certains thérapeutes sont actuellement remboursés par les assurances complémentaires-lorsqu’ils ont suivi une formation en plus-, mais nous espérons plus !

C’est notre cheval de bataille actuellement (décidément le français …).

Je vous remercie d’avoir pu partager avec vous mon expérience extra européenne, mais euro compatible…

Bibliographie

Collet, S. (2000). Le mulet valaisan. Chapelle-sur-Moudon : Editions Ketty & Alexandre.

Digard, J.-P. (1998). La compagnie de l’animal. In B. Cyrulnik. (Ed.) (1998). Si les lions pouvaient parler. Essai sur la condition animale. (pp. 1034- 1055). Paris : Editions Gallimard

Gayoux-Carette, J. (1998).L’âne, zoologie-éthologie-représentations-usages. Thèse de Doctorat en Ethnozootechnie, Université René Descartes, Paris V.

Grasse, P.-P. (dir.) (1954). Traité de zoologie, Anatomie, Systématique, Biologie. Paris : Masson. Tome XVII, premier fascicule.

Hassoun, J. (1998). Une figure de l’Autre. In B. Cyrulnik . (Ed.) (1998). Si les lions pouvaient parler. Essai sur la condition animale. (pp. 1108-1125). Paris : Editions Gallimard.

Jollinier (Ed.) (1995). Cheval, Inadaptation et handicap. Paris : Maloine.

Leblanc, M.-A. ; Buissou, M.-F. ; Chéhu, F. (2004). Cheval, qui es-tu ? Paris : Belin.

Lecointre, G. ; Le Guyader, H. (2006 3ème édition). Classification phylogénétique du vivant. Paris : Belin.

Lubersac, R. de (Ed.) (2000). Thérapies avec le cheval. Vincennes : Éditions F.E.N.T.A.C.

Simpson, G.G. (1951). The Story of the Horse Family in the Modern World and through Sixty Million Years of History. New York: Oxford University Press.

Articles

Audiot, A. ;Garnier, J.-C. (1995). De l’ân(e)onyme à l’hymne de l’âne ou le renversement de perspective des usages sociaux de l’âne. Ethnozootechnie n°56, p. 65-78.

Barey, J.-C. (2000) Que peut apporter le cheval en thérapie humaine ? Angers-Saumur : Actes des 10èmes rencontres internationales d’équitation thérapeutique.

Courthiade, O. (2003). Utilisation et dressage des mulets. Ethnozootechnie n° 72, p. 37-42.Digard, J.-P. (2003). La domestication animale revisitée par l’anthropologie. Ethnozootechnie

Eisenmann, V. (1995). L’origine des ânes : questions et réponses paléontologiques. Ethnozootechnie n°56, p. 5-26.

Goldberg, J. (2003). Domestication et comportement. Ethnozootechnie n°71, p. 25-32.

Langlois, B. (2003). Eléments de systématique et de caryologie des équidés. Ethnozootechnie n° 72, p. 73-80.

Sandra MASSY

3 Responses to “Construction d’une pratique de thérapeute avec le cheval, l’âne et le mulet en lien avec la formation actuelle en Suisse”

    avatar
    Jane
    février 2nd, 2015 at 23:28

    Merci de parler enfin de l’importance et des compétances qu’apportent les mulets en thérapie !

    avatar
    Jean louis Robert
    mars 9th, 2015 at 19:40

    Bonjour votre demarche me convient et je dois dire c est plutot rare ! J ai quelque idees sur la question (texte pdf sur equisoc) bonne continuation jl RObert
    Educ spe , ate , equithera je ne suis plus en activités mais passionné par le sujet

    avatar
    Isabelle Martin
    octobre 31st, 2018 at 7:00

    ce 17 aout mes zâzânes ont eu la chance d avoir une formidable visite !
    https://www.facebook.com/martin.isabelle.75/posts/10209875505684227
    Tim, qui les a brossés et donné des 🥕🥕🥕🥕🥕🥕🥕🥕🥕
    Alexis, son petit frêre (plus timide)
    et leur SUPER-PARENTS … qui ont créé l association La vie Continue en Savoie .

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